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Lundi 01 mars 2010

Santé du voyageur : les scanners d’aéroport sont-ils à craindre ?

Paris (ZeMedical) – Pour contrer le risque terroriste à l’embarquement dans les avions*, des scanners corporels s’implantent dans les aéroports de la planète, et dès à présent en France. Techniquement le dispositif scanner est au point pour dévoiler "une image de surface" de la personne, la mettant littéralement à nu. L’objectif est de détecter tout objet dissimulé à l’examen de première intention des fonctionnaires tels un couteau en céramique, de la poudre à explosifs, des liquides… Une technologie étonnante qui n’est pas sans poser quelques problèmes inédits.

En premier lieu, exposer l’intimité des personnes au regard d’autrui, ce qui amène certaines associations à s’y opposer avec vigueur, au nom des droits de l’Homme ou plutôt au nom des droits de l’espace privé et de l’intimité**. Il est certain qu’à y réfléchir, cela peut représenter à terme une assez étrange base de données à disposition des autorités !

En second lieu, il est indispensable de garantir le risque zéro sanitaire au moment de systématiser cette démarche dans les aéroports. La question n’est pas anodine alors que le débat sur l’innocuité des ondes “en ville” (téléphone, wifi, micro-onde...) se pose. La pratique d'une imagerie médicale systématique est elle-même débattue par certains estimant un risque non nul au cumul des rayons X dans la vie de la personne.
Pour le scanner corporel dans les aéroports, les interrogations sont attisées par la réponse évasive des autorités. Contre toute attente, elles n’ont pas délivré de quitus sur le risque encouru. Qu’en est-il exactement ? ZeMedical vous donne les informations nécessaires avant d’embarquer...
* le 25 décembre 2009, un Nigérian de 23 ans réussissait à embarquer à Amsterdam à destination de Detroit avec des explosifs dissimulés au niveau de ses jambes.
** sur cet argument, des associations de défense des libertés individuelles ont fait renoncer l’aéroport de Nice à son test de scanner. Selon la DGAC, toutes les précautions seront prises pour respecter l'intimité des personnes : corps sur l'écran reconstitué en 3D ; parties génitales et visage floutés ; identité masquée, l'agent ne voyant pas la personne scannée. Néanmoins cela risque de poser problème aux musulmans, l'Islam s'opposant à l'exposition du corps nu à la vue d'étrangers. Le CCNE (Comité consultatif national d’éthique) s’alarme contre « une société qui, subrepticement, au nom du paradigme sécuritaire, s’habitue à l’usage des marqueurs et accepte finalement et même avec quelque indifférence d’être fiché, observé, repéré, tracé, sans souvent même en avoir conscience ». La Cnil est mobilisée sur le dossier.

Les scanners corporels s’implantent, à titre expérimental. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) informe que le dispositif est opérationnel sur un portique du terminal 2E à Roissy-Charles-de-Gaulle. À valeur de test car ni en France ni en Europe les dispositifs ne sont définitivement adoptés ni la réglementation modifiée. Il se pose auparavant plusieurs arbitrages : le choix technologique, l’évaluation des risques voyageurs, statuer sur les libertés individuelles...
Deux types de scanners corporels sont envisagés, déjà en usage aux États-Unis : le X-Ray « backscatter » à base de rayons X à basse énergie similaire aux systèmes d'inspection de bagages, et le format Provision reposant sur des ondes de fréquence dites millimétriques* utilisées par exemple pour les radars automobiles.

La technologie à base de rayons X génère des ondes pénétrant sous la peau. Avant tout débat sanitaire, l'utilisation de ces appareils soulève une contradiction avec la législation française. Le Code de santé publique stipule que ces rayonnements ne peuvent être utilisés qu'à des fins médicales. Semblant donc exclue en France, elle a pourtant lieu d’intéresser certains voyageurs puisqu’adoptée par des aéroports internationaux, aux États-Unis ou en Angleterre. L’IRSN, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire qui étudie le risque des scanners à rayon X s’est prononcé contre à partir du moment où existe une alternative jugée “deux fois moins pénétrante dans l’organisme et tout aussi efficace”. Le problème selon l’IRSN reste posé par des rayons énergétiques au travers de la peau, ce qui n’exclut pas le risque de cancérisation, sachant que la multiplication des voyages augmente proportionnellement ce risque. Est aussi craint l’impact sur des organes peu profonds comme le cristallin, les seins, les testicules, la thyroïde, l’Institut regrettant que les fabricants présentent un risque global et non un risque par organe.
L’IRSN modère malgré tout ses craintes en raison de la dose délivrée, plus de mille fois inférieure à l’irradiation naturelle reçue en France et équivalente à moins de deux minutes de vol à haute altitude (voir : Radiations cosmiques : enquête sur internet pour les femmes enceintes). La France semblant renoncer à la technologie, le problème persiste pour un ressortissant français à l’international. Dans ce cas le conseil peut être d’éviter ces scanners à rayons X lorsque l’on peut choisir, aux femmes enceintes, aux enfants en bas âge. Et demander une fouille corporelle classique qui ne peut être refusée.

La technologie à base d’onde de fréquence dites millimétrique génère des ondes s'arrêtant en surface de la peau. C’est le scanner corporel retenu pour le test, des ondes sans rayons X, un choix technologique qui évite un éventuel impact de radiations sur la santé. Selon la direction générale de l’Aviation civile (DGAC), les ondes du scanner millimétrique, non pénétrantes, délivreraient une énergie cinq cent fois inférieure à un téléphone portable, soit une absence de danger pour la santé. Pourtant le débat n’est pas clos et le quitus des experts n’a pas été obtenu à ce jour. L’Afssaps constate que l’exposition des personnes à ces champs électromagnétiques est faible, courte, et qu’elle ne touche que les tissus superficiels. En l’état actuel des données recueillies sur le sujet, les ondes sont bien tolérées, il n’a pas été identifié d’incompatibilité pour les porteurs d’implant, stimulateur et défibrillateur cardiaques. Seul, un fabricant d'implant cochléaire recommande de retirer les élément externes.
On connait par ailleurs les ondes millimétriques à travers leur usage dans le domaine médical, souvent en complément des thérapies conventionnelles avec un effet biologique possible impliquant différents facteurs (anti-inflammatoires, cytokines, neuromédiateurs). Citons parmi ces effets, une stimulation du système immunitaire, un effet sédatif et analgésique ; une action sur des pathologies causées par des inflammations (de la peau notamment) ; une action chez des patients atteints de fractures ou souffrant de plaies (brûlures) ; lors de traitements de cancers, en complément de la chimiothérapie et de la radiothérapie afin de stimuler le système immunitaire mais aussi réduire les effets toxiques observés***.

Au final, l’Agence sanitaire rappelle que cette gamme de fréquence justifie plus d’études sur la santé, sur les effets biologiques et indésirables. Le dossier confié à l’Inserm au nom d’un principe de précaution ne remet pas en cause la préférence de la technologie et sa présumée innocuité.

Le scanner corporel millimétrique est utilisé à titre expérimental tant qu'aucune décision européenne n'aura été prise. Et même s'il en était ainsi, chacun est libre d'exiger la fouille manuelle. La DGAC rappelle toutefois l’intérêt du système « plus rapide, moins gênant et plus sûr en lieu et place d'un système plus intrusif quand les palpations sont bien faites et moins sûres du fait d'une potentielle faille humaine». En Angleterre et en Allemagne, aux États-Unis où un tel dispositif est testé depuis plusieurs mois, 98 % des passagers l’auraient accepté. Il est adopté en Hollande, en Suisse, à Moscou, à Jeddah, à Londres, par les dix plus grands aéroports américains. A l’heure où deux technologies coexistent, le scanner corporel millimétrique semble le seul recommandé, avec des conclusions sanitaires rassurantes sans être définitives faute d’un recul suffisant à l’instar de la téléphonie portable.

* ondes millimétriques ou EHF (extremely high frequency)
** Quotidien du Médecin du 24/02/2010
*** Évaluation des risques sanitaires liés à l’utilisation du scanner corporel à ondes millimétriques (Afsset)
Sources, images incluses : Afsset, Rapport d’expertise collective février 2010 ; Transportation Security Administration (http://www.tsa.gov/approach/tech/imaging_technology.shtm)

Voir aussi
des doses modérées de radiations augmentent les risques de maladie de cœur et d'AVC
radiations cosmiques : enquête sur internet pour les femmes enceintes



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