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Mercredi 27 mai 2009

"Si vous avez du mal à vous souvenir des noms propres, c'est normal !"

La rencontre avec un neurologue spécialiste de la mémoire tel notre auteur et expert, le Dr Bénédicte Défontaines1, est toujours à part.
Comprendre la machine humaine intéresse la plupart, mais toucher au fonctionnement de notre cerveau, de notre pensée peut être qualifié de captivant. Voici le premier de nos entretiens avec l'expert sur le mécanisme à l'usage des noms propres. De quoi décomplexer celui ou celle qui zappe le nom de ses proches !

ZeMedical : Pourquoi le nom propre est à distinguer du nom commun par la mémoire?
Dr Bénédicte Défontaines : "Un enfant acquiert très tôt sa langue maternelle avec un stock de noms communs qui peut s'enrichir mais sans fondamentalement changer au cours de la vie. De plus il va utiliser ces mots et se roder à leur usage toute sa vie. Le contraire des noms propres en fait qui s’acquièrent tout au long de la vie motivés par les rencontres et échanges sociaux. Les noms propres nécessitent un travail intellectuel de mémorisation très spécifique, le plus souvent afin de retenir un mot qui n'évoque rien. Par exemple en le rattachant justement à un nom commun. Certains noms propres nous aident car ils évoquent une image ou un paysage particulier, ont une signification ou une étymologie particulières aidant à retenir le mot. D'autres non, au quel cas c'est plus compliqué pour le cerveau de stocker le message et surtout de trouver le chemin pour le restituer."

ZeMedical : Est-il donc normal de perdre des noms propres ?
Dr Bénédicte Défontaines : "Si l’adulte acquiert tout au long de sa vie des noms propres, la question du destockage s'impose au cerveau : pourquoi saturer une mémoire de noms propres qui ne seraient plus utilisés ? Hormis la raison sociale qui stimule le processus de perte par défaut de répétition, on constate aussi un processus naturel chez la personne qui va perdre des noms propres avec l’âge. Plus ou moins selon les personnes et plus ou moins tôt. Ainsi, certains peuvent perdre précocement à 30-35 ans, les noms propres, et dans ce cas il y a souvent un terrain familial avec un proche - père, mère, grand-mère - qui aura aussi perdu cette faculté précocement. En somme, si nos cerveaux ne nous mettent pas en situation d'égalité sur la durée, c'est notamment vrai pour l'exercice du nom propre."

ZeMedical : Cette perte de mémoire ne fait-elle pas partie des maladies de mémoire, malgré tout ?
Dr Bénédicte Défontaines : "La perte des noms propres n’est pas liée à une maladie. Elle est liée au vieillissement naturel. Avec la médiatisation intense de la maladie d’Alzheimer, la perte des noms propres est une cause fréquente de consultation car elle est assimilée à des troubles de la mémoire. Or, il ne s'agit pas d'un trouble de la mémoire au sens strict, mais juste de la perte d’accès à un certain type de mots."

1. Bénédicte Défontaines est neurologue et directrice médicale du Réseau mémoire Aloïs.
Elle est auteur de Trou de mémoire, guide à l'usage des femmes et des hommes et de Maladies de mémoire, guide à l'usage des patients et de leur entourage.

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