Fil d'actu général
Voyage et vacances : la santé, ça plane pour moi ! • Piscine : risque de bronchiolite pour les bébés nageurs
Santé
- Aïe mon dos !
- Ai-je un trouble de l'humeur ?
- AVC : 4h30 pour vivre !
- Clitoris 3D
- L'œil rouge en image
- Reconnaître l'épilepsie
- Respirer = danger ?
- Vision floue ?
Médical
- Agressions oculaires
- Allergies oculaires
- Apnées du sommeil
- Cancer digestif
- Cancer du poumon
- Cancer de la prostate
- Cancer du rein
- Cancer du sein
- Cataracte
- Chirurgie réfractive
- Dépression
- Diabète
- DMLA
- Dysfonction érectile
- Epilepsies
- Glaucome
- Insuffisance cardiaque
- Maladie d'Alzheimer
- Maladie des corps de Lewy
- Ostéoporose
- Presbytie
- Sclérose en plaques
- Sexualité
- SJSR
- Syndrome sec oculaire
- Trisomie 21
-
Troubles bipolaires
- Trous de mémoire
Social
- Assurance Maladie
- Soins courants
- Hospitalisation
- Affection de longue durée
- Arrêt de travail
- CMU
- Aide médicale de l'État
- Aide et protection sociale
- Assistance sociale
- Handicap et maladie de l'enfant
- S'occuper d'un proche
- Services à domicile
Troubles bipolaires : "Trop longtemps, le professionnel peut seulement suspecter un trouble bipolaire sans l'affirmer" Interview du Pr Roland Dardennes
Paris (ZeMedical) – Le trouble bipolaire - ou maladie maniaco-dépressive - est une maladie déroutante dont le diagnostic est souvent posé après des années d’évolution. Détecter plus précocement la maladie et démarrer le traitement adéquat auraient requis une meilleure lecture des manifestions initiales et du risque encouru. Mais est-ce possible ? Le Professeur Roland Dardennes, psychiatre et co-auteur de Troubles bipolaires aux éditions médicales Bash, aborde la problématique diagnostique du trouble bipolaire.
ZeMedical : Quel est l’enjeu d’un diagnostic précoce du trouble bipolaire ?
Pr Roland Dardennes : Un épisode dépressif ou maniaque non traité produit une baisse de molécules nécessaires à la bonne santé du cerveau (dont le BDNF*). Il advient une chute des performances intellectuelles et mnésiques, qui se traduisent le plus souvent par des problèmes de mémoire verbale. Il faut donc traiter le plus tôt possible. De surcroît des études ont prouvé qu’un traitement au lithium permet de normaliser l’espérance de vie. Lorsqu’on examine par l’imagerie cérébrale le cerveau des bipolaires avant et après quelques mois de traitement par le lithium, on s’aperçoit qu’il y a une nette augmentation de la matière grise chez ces personnes.Tout ceci conforte l’idée qu’un diagnostic très précoce devrait être posé.
* BDNF : Brain-derived neurotrophic factor, un facteur neurotrophique jouant un rôle dans la survie du neurone.
ZeMedical : Justement, dans quelles conditions se passe le diagnostic ?
Pr Roland Dardennes : Le délai pour le diagnostic du trouble bipolaire est de huit ans en moyenne. Cela semble bien long même si cela s’explique. Premier cas : lorsqu’un sujet jeune déclare sa maladie bipolaire, il la commence généralement par un épisode d’excitation délirant. Le premier diagnostic peut être alors : une bouffée délirante, un trouble "psychique" au sens de l’OMS*, un trouble psychotique aigu transitoire voire une schizophrénie si l’épisode dure plus de six mois. Il y a bien un diagnostic, mais ce n’est pas le bon et le professionnel peut seulement suspecter un trouble bipolaire sans l’affirmer. Ensuite, si le sujet se stabilise, les professionnels sont tentés d’attribuer cela aux antipsychotiques. Enfin le patient peut refaire un épisode d’excitation plus pur, maniaque. Et c’est uniquement à ce moment-là que le diagnostic aura une chance d’être ajusté au profit du trouble bipolaire.
Second cas : un parcours voisin est constaté si le sujet a vécu un premier état dépressif. Après deux épisodes dépressifs, le psychiatre peut penser qu’il s’agit d’un trouble dépressif récurrent. C’est seulement à partir du moment où le patient fait des épisodes dépressifs rapprochés, où statistiquement il se produit des épisodes d’excitation, qu’un diagnostic aura une chance d’être établi. Le seul épisode maniaque va offrir le diagnostic au soignant et imposer le traitement, sachant qu’il signifie 95% de risques de rechutes.
Comme il s’écoule en moyenne 3 ans entre le premier épisode et le suivant, puis deux ans entre le deuxième et le troisième, un retard diagnostique d’au moins 5 ans n’est pas rare pour les patients qui commencent leur trouble bipolaire par un épisode dépressif, ce qui représente tout de même la moitié des sujets.
* D’après le CIM-10 (Classification internationale des maladies) de l'OMS, l’une des deux grandes classifications des maladies mentales avec le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) de l'Association américaine de psychiatrie
ZeMedical : Tous les bipolaires sont-ils diagnostiqués ?
Pr Roland Dardennes : En tant que psychiatres, nous ne voyons que les cas les plus sévères. Nous connaissons tous des personnes bipolaires mais qui ne sont ni diagnostiquées ni soignées. Un joyeux gaillard qui se promène dans la rue en chantant à tue-tête, en short et tee-shirt par – 10°C, tout le quartier pense qu’il est original, et non pas qu’il est bipolaire. Il fait partie des personnes qui ne sont pas diagnostiquées.
ZeMedical : Y a-t-il un terrain favorisant l’apparition de la maladie ?
Pr Roland Dardennes : Il semble qu’il y ait un terrain génétique, mais on en sait encore peu. L’environnement est aussi très important. Je sous-entends par là que les événements ont un effet de révélateur. Ce peut être aussi bien le grand succès que des pertes sentimentales importantes. Les évènements de vie vont révéler le potentiel morbide du patient et finalement mettre au grand jour le trouble bipolaire.
ZeMedical : Le contexte familial ou l’histoire de patient font-ils suspecter le diagnostic ?
Pr Roland Dardennes : Ce serait l’idéal, mais c’est en réalité difficile. Il faut de toutes façons chercher les indices auprès des patients et l’entourage. Par exemple : une patiente qui ne ferait que des épisodes dépressifs et qui raconterait à son médecin que sa mère est bipolaire, ou bien que plus jeune, elle est allée en boîte toutes les nuits pendant trois mois, dormant une heure et repartant travailler le lendemain. Ces indices familiaux ou personnels doivent faire penser au trouble bipolaire alors même que la patiente affiche une “simple” dépression.
ZeMedical : Quels autres indices doivent faire consulter le médecin ?
Pr Roland Dardennes : Il faut notamment demander à chacun de prêter attention à deux éléments significatifs : aux ruptures brutales de comportement ; aux états flagrants de manque de sommeil. Quelqu’un qui ne dort que quelques heures par jour pendant plus de dix jours tout en se disant en pleine forme, ce n’est pas normal. Quelqu’un d’un caractère réservé et peu exubérant qui se met à draguer et embrasser ses collègues de travail ou de parfaites inconnues, ce n’est pas normal.
ZeMedical : A l’heure ou des voix dénoncent le recours - jugé abusif - des médicaments de la dépression, prescrit-on avec justesse les molécules dans le trouble bipolaire ?
Pr Roland Dardennes : Mon sentiment, c’est que trop d’antidépresseurs prescrits est une affirmation abusive et hâtive, qui ne rend pas compte de la complexité de ce que nous traitons. Il faut savoir que le trouble bipolaire de type I* concerne environ 1% de la population. En ajoutant les bipolaires de type II**, on arrive à 3 ou 4%. Ces chiffres, inférieurs à ceux de la dépression, permettent de mieux comprendre la situation du psychiatre. Sur dix déprimés vivant leur premier épisode dépressif, il y en a un qui est bipolaire. Il faut affiner le diagnostic en fonction d’autres critères comme le premier épisode survenant avant 25 ans ou une dépression d’une durée supérieure à un an et résistante aux antidépresseurs… Ces différents critères sont des facteurs de risque, pas des certitudes, et expliquent le choix du diagnostic le plus probable et le recours aux antidépresseurs.
Prenons un jeune dépressif sévère, dont les épisodes sont récurrents, durent plus d’un an et dont les parents sont bipolaires… Le médecin peut soupçonner sur le champ un trouble bipolaire, même si rien ne permet d’en être certain. La prescription pourrait comporter un thymorégulateur face à ce qui n’est encore qu’une hypothèse diagnostique. A cela deux raisons : primo, le thymorégulateur est un adjuvant qui potentialisera l’effet de l’antidépresseur et donc l’efficacité ; secondo, en envisageant d’éviter au sujet le déclenchement d’un virage maniaque à la levée d’une dépression bipolaire. Mais cela reste un pari, le thymorégulateur expose à une surveillance spécifique et que fera le psychiatre une fois l’épisode résolu : garder les deux traitements, supprimer l’un ou l’autre ; cela nécessitera à nouveau une balance des risques et bénéfices en collaboration avec son patient.
Enfin, les antidépresseurs sont souvent diabolisés, en particulier par les spécialistes nord-américains pour deux raisons : ils induiraient des virages maniaques et ils ne seraient pas efficaces dans la dépression bipolaire. Il faut savoir que l’induction d’un état maniaque dépend du type d’antidépresseur ; ce risque était élevé avec les tricycliques - tels que la clomipramine - qui ne sont quasiment plus utilisés en première intention. Ce risque n’est pas plus élevé qu’avec le placebo pour les inhibiteurs spécifiques de la recapture de sérotonine, qui sont les antidépresseurs les plus prescrits. Il est un peu plus élevé avec les inhibiteurs de la recapture de noradrénaline et de sérotonine.
Pour l’efficacité, les études sont rares, souvent réalisées avec peu de patients. Cependant, il faut noter qu’un laboratoire a publié une étude montrant la supériorité d’associer un antidépresseur à un thymorégulateur antipsychotique par rapport à ce thymorégulateur utilisé seul et une autre étude montrant que cette combinaison est au moins aussi efficace que le traitement par la lamotrigine, un anticonvulsivant efficace dans le traitement de la dépression bipolaire. Les opinions contre l’efficacité des antidépresseurs s’appuient surtout sur l’étude dite "STEP-BD" dont les résultats sont à première vue contradictoires : ils semblent indiquer que les antidépresseurs ne sont pas efficaces pour le traitement des épisodes mais seraient efficaces au long cours… En l’absence d’études de grande envergure à l’image de ce qui se fait en cardiologie, il est encore difficile d’émettre une recommandation sans dogmatisme, ni parti pris.
* trouble bipolaire de type I : caractérisé par un ou plusieurs épisodes maniaques ou mixtes habituellement accompagnés d’épisodes dépressifs majeurs.
** trouble bipolaires de type II : association d’au moins un épisode dépressif majeur et d’un épisode d’hypomanie, forme atténuée de manie.
Revenir à la page d'accueil
Boutique
Sexualité
Attention, cet ouvrage est inédit ! La rencontre de 4 experts reconnus de la sexualité : gynécologue, sexologue, psychiatre et urologue-andrologue. Cet exercice commun d’information constitue une première à destination de ceux qui cherchent à mieux comprendre et vivre leur sexualité.
Top ZeMedical
Les drogues festives, entre cocaïne et “biodrogues”
Sexe, drogue et rock’n’roll : un trip des années 60 revisité au fil des générations...
LireFil rouge ZeMedical – Canicule et santé
Attention ! Un seul pic de chaleur à la période estivale est susceptible de tuer...
LireDérives sectaires : “risques pour la santé en croissance préoccupante ”, selon G. Fenech
Les dérives sectaires inquiètent. D’autant plus que la Miviludes nous alarme...
LireNouveautés et perspectives en ophtalmologie, le Dr Saragoussi nous éclaire
On va surperformer la qualité de vision des corrections laser à l’aide d’outils de personnalisation...
LireLes plages de l'UE prêtes pour les vacances, 129 points noirs en France
Plus de 500 des plages de l'Union européenne devront être évités...
LireProblème de contamination chimique dans les piscines
L'Afsset recommande "plus d'hygiène" dans les piscines publiques...
LireManger des noix, noisettes et amandes fait baisser votre cholestérol
Les fruits à coque sont riches en acide linolénique...
LireUne campagne sur la contraception avec un garçon... enceint
Nous rapportions il y a peu un constat affligeant en matière de sensibilisation à la contraception...
Lire



