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Légionellose : le point sur la maladie avec le Dr Nérome
ZeMedical – La légionellose, maladie liée à la contamination pulmonaire par des bactéries véhiculées dans l'eau, fait régulièrement parler d’elle. Et pour cause, bon an mal an, les légionelles affectent plus de 2 000 personnes en France. Il semblerait que le risque principal se situe dans la sphère de l'espace public, l'eau ayant tendance à stagner davantage dans les canalisations des bâtiments publics, des immeubles de bureaux ou des hôtels... Quel est au juste le mode de contamination ? Ses conséquences ? Les moyens de diagnostic et de détection ? Sa prise en charge par les pouvoirs publics ?
ZeMedical a fait le point avec le Dr Simone Nérome, chef du service et responsable du programme d’hygiène hospitalière d'un hôpital de la région parisienne.
ZeMedical : Comment se fait la contamination ?
Dr Simone Nérome : Il existe principalement deux façons d’attraper la légionellose. La première se fait par le biais des tours aéro-réfrigérées, autrement dit par les systèmes de climatisation. Ces systèmes fonctionnent souvent en circuit fermé et peuvent donc être très facilement contaminés. La climatisation diffuse alors dans l’air des microparticules contenant des légionelles. Si ces dernières parviennent jusqu’aux alvéoles pulmonaires, elles infectent les poumons et provoquent la légionellose.
La deuxième façon la plus fréquente de contamination, c’est la douche lorsque les réseaux d’eau chaude sanitaire sont contaminés. Dans une douche il y a en effet un petit aérosol autour du pommeau de douche. Si l’on inhale cet aérosol et qu’il contient la bactérie, alors il est possible d’attraper la légionellose. Il me semble important de rappeler que l’on ne peut pas attraper cette infection en buvant de l’eau contaminée. Pour cela, il faudrait faire ce que l’on appelle « une fausse route », c'est-à-dire s’étrangler en avalant et que des particules d’eau puissent arriver jusqu’aux poumons. Les risques sont infimes.
ZeMedical : Existe-t-il des prédispositions à ce type d'infection ?
Dr Simone Nérome : La légionellose s’attaque principalement aux plus faibles. L’immunodépression (baisse immunitaire liée à une maladie, un traitement, etc.) est effectivement un facteur de risque important pour cette infection, ce qui explique en partie les contaminations dans le milieu hospitalier où l’on retrouve beaucoup de personnes à risque. D’autres facteurs peuvent être déterminants tels que le tabagisme par exemple.
ZeMedical : Où peut-on attraper cette maladie ?
Dr Simone Nérome : La légionellose peut se trouver partout où l’on trouve de l’eau stagnante. Les bactéries se logent dans les réseaux d’eau qui ne sont pas utilisés en permanence et dans ce que l’on appelle des « bras morts ». Dans un hôpital, un hôtel, une salle de sport, etc., il est possible de trouver des branches de réseaux non utilisées contenant des légionelles. La contamination est plus rare chez les particuliers. Chez les particuliers le réseau d’eau est généralement utilisé fréquemment et les bactéries ne sont donc pas assez nombreuses pour rendre malade. Lorsque l’on est dans un hôtel en vacances ou dans un lieu à risque, il est plus prudent de laisser couler la douche pendant un moment avant de se mettre sous l’eau. C’est une simple mesure de précaution mais qui peut éviter bien des contaminations.
ZeMedical : Est-ce une maladie grave ?
Dr Simone Nérome : Le taux de mortalité est aux environs de 10%, ce qui est non négligeable. La légionellose se soigne pourtant très bien et nous disposons de traitements efficaces (par antibiotiques). Les complications de la maladie surviennent très souvent en raison d’un retard du diagnostic, de la prise en charge et du traitement. De plus ce taux de mortalité s’explique aussi par le fait que cette infection s’attaque en grande majorité à des personnes déjà affaiblies par une maladie, une dépression ou bien un traitement.
ZeMedical : Pourquoi de tels retards au diagnostic ? Quels sont les symptômes de la légionellose ?
Dr Simone Nérome : La durée d’incubation de la maladie peut aller de 2 à 10 jours. La légionellose est difficile à diagnostiquer principalement en raison de symptômes ambigus. Les premiers symptômes ressemblent à s’y méprendre à ceux d’une grippe avec de la fièvre, une légère toux, des courbatures… Souvent on ne fait pas la différence immédiatement. Cependant, les malades ont aussi de légers troubles digestifs et neurologiques qui doivent alerter.
Bien que notre système soit encore imparfait, de réels progrès ont toutefois été faits dans le diagnostic. Auparavant il était très difficile d’avoir l’assurance de la contamination rapidement. Il fallait souvent des jours avant de pouvoir déterminer avec certitude l’origine de l’infection. Aujourd’hui, de nouvelles techniques ont été mises au point qui permettent la recherche d’antigènes dans les urines des patients. Nous sommes passés d’un délai de recherche de plusieurs jours (avec aspiration trachéale, hospitalisation….) à un diagnostic fiable en seulement ½ heure par échantillon urinaire. Ces progrès en matière de détection ont permis une prise en charge bien meilleure des malades.
ZeMedical : Comment se fait la prise en charge au niveau du système de santé publique ?
Dr Simone Nérome : La légionellose est aujourd’hui un sujet sensible. Néanmoins, l’augmentation récente des malades est sans doute davantage à imputer aux progrès en matière de diagnostic qu’à une réelle recrudescence de la maladie. Les autorités prennent cette infection très au sérieux. Elles sont très vigilantes aux systèmes hospitalier ainsi qu’aux tours aéro-réfrigérées où les contrôles sont de plus en plus systématiques. La légionellose est une infection à déclaration obligatoire puisqu’il s’agit d’un germe présent dans l’environnement. Les pouvoirs publics cherchent tout de suite à détecter les cas groupés et les débuts d’épidémie qui pourraient être liés à une source environnementale commune. Dès que l’on signale un cas, la DASS (Direction des affaires sanitaires et sociales), le ministère de la Santé, le Centre National de Référence de Lyon sont au courant dans l’heure qui suit et font tout ce qui est possible afin d’éviter toute nouvelle contamination. Nous disposons en France de systèmes de prévention, de détection et de gestion des malades plutôt efficaces pour cette infection.
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