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Jeudi 21 janvier 2010

Homosexualité en 2010 : enjeux, prévention, information, un point avec le Crips

Paris (ZeMedical) – Interroger la santé homosexuelle en 2010, voici l’objectif de l’entretien entre ZeMedical, Serge Hefez* co-auteur de Sexualité, le Crips** et Christophe Martet***, fondateur du site Yagg.com. L’échange s’intéresse aux déterminants d’un bien vivre, à définir comment protéger la bonne santé, à comprendre la survenue d’une souffrance. Rappelant la modestie et l’ambition de la démarche, l’objectif ne vise aucune introspection médicalement gratuite mais à décoder utilement, sans discrimination ni ostentation. Il n’est pas demandé à l'hétérosexuel de se définir, dans quelle mesure serait-ce différemment pour l’homosexuel ?

Et bien, sans doute le constat d’une différence ou d’appartenance à une minorité interroge davantage : qui sur son identité sexuelle, sur des pratiques, sur des préventions spécifiques... Et force est de constater que la communauté s'expose à certaines conduites à risques relativement spécifiques ; citons : le spectre du VIH touchant une part d’homosexuels masculins nouvellement négligents, la consommation de drogues de certains, la violence de quelques couples, les conséquences parfois d’une solitude ou dépression, jusqu’au suivi gynécologique notoirement insuffisant de femmes homosexuelles. En dernier lieu, la communication sur chaque sujet est salutaire en s’opposant aux tabous et aux idées reçues. Sachant que malgré l’évolution des mœurs, une pression sociale et culturelle continue de s'exercer sur des populations homosexuelles et leur expression la plus libre

* psychiatre
** Centre régional d'information et de prévention du Sida ; nous remercions l'équipe du Crips Ile-de-France : Antonio Ugidos, directeur, Isabelle Baldisser, attachée de direction, Benoît Félix chargé de mission auprès de publics vulnérables
*** ex-président Act up, ex-rédacteur en chef adjoint du magazine Têtu

Photo : en haut de gauche à droite, Antonio Ugidos ; Christophe Martet ; en bas de gauche à droite : Isabelle Baldisser ; Benoît Félix ; Serge Héfez

Que révèle en soi un rapport homosexuel en 2010 ?
ZeMedical/SH : On peut d’ores et déjà dire que s’intéresser à l’homosexualité à travers la relation sexuelle elle-même a peu d’intérêt aux yeux du médecin. Des caresses, des baisers, une sodomie ou une autre pratique, et alors ? Il n’y a là pas de quoi établir une distinction utile entre un statut homosexuel et hétérosexuel. Cela ne justifiera pas de difficultés particulières ou d’une prise en charge médicale spécifique. C’est dit et c’est une bonne chose à savoir.
En revanche, il est un sujet qui intéresse le psychiatre et susceptible de porter une difficulté propre au rapport homosexuel : la notion de norme. Il peut y avoir matière à prise en charge médicale au regard d’une souffrance face à ce qui est dit “normal”, c'est-à-dire le rapport et la relation hétérosexuels.

Crips/CM : Interroger la relation homosexuelle, c'est revenir à interroger une relation entre êtres humains dans toute sa complexité. Montrer qu’on peut être hétéro ou homo et avoir des rapports sexuels avec le même sexe ou le sexe opposé, permet de donner une image plus exacte, et paradoxalement plus complexe voire déstabilisante de l'autre. Ce qui a pour première conséquence – positive – de le rendre moins étranger : "Je est un autre", semblable et différent. Chasser les schémas directeurs qui rassurent et mettre à jour ce que les gens ne souhaitent pas voir : une sexualité qui n'est pas complètement figée et la possibilité de changer de préférence sexuelle pour ceux qui en éprouvent le besoin.

Pour illustrer cette idée, on note qu'il y a de plus en plus de jeunes de la nouvelle génération qui ne se définissent ni comme hétéros ni comme homos, voire qui refusent cette classification dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. On observe aujourd'hui, de manière marginale certes, la vague « Emo », représentée par des adolescents ultra-sophistiqués, maquillés, qui ne se considèrent pas comme homosexuels et qui sont ouverts à tout type de sexualité. De même que les femmes, dans le milieu homosexuel, ne revendiquent plus l'appellation "lesbienne" mais "FSF", Femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes. Il y a clairement dans le rapport homosexuel de certains la recherche d’une plus grande liberté face aux étiquettes.

Lire la suite de l'interview :

Que peut-on dire de plus précis sur les profils et pratiques homosexuelles ?
Un rapport homosexuel diffère-t-il d'un rapport hétérosexuel ? Nos experts nous exposent les spécificités des pratiques et des profils homosexuels sans stigmatisation. Lire
Les discours médical et de prévention adressés à la population homosexuelle sont-ils adaptés ?
Le CRIPS tire la sonnette d'alarme sur le recul des réflexes de prévention dans la communauté homosexuelle, pourtant en première ligne des contaminations. ZeMedical et le Dr Serge Hefez décryptent des chiffres préoccupants. Lire
Les pratiques sexuelles sont-elles stables dans le temps ?
Le véritable décloisonnement des pratiques sexuelles participe à davantage de tolérance et d'acceptation de l'homosexualité. Lire
Regard de l'autre, souffrance... Qu'en est-il au sein même de la communauté homosexuelle ?
Le milieu gay, même s'il est souvent l'occasion d'un épanouissement, n'est pas exempt d'exclusion, de rejet et d'homophobie. Lire
Chez les femmes homosexuelles, quelles spécificités ?
Homosexualité féminine : des difficultés particulières. Lire
Y a-t-il des phases à risque en termes de souffrance ?
Qu'est-ce qu'implique un "coming-out" ? Que faire en cas de souffrance ? Lire
Y a-t-il un risque de retomber dans certains tabous de l'homosexualité en 2010 ?
Le dialogue, l'écoute et le respect sont essentiels pour le bien-être de la personne et limitent les prises de risques. Lire

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